Turkey: En Turquie, la logique judiciaire « dépasse toute rationalité »

le 13 septembre, 2017

Sous le régime du président Erdogan, la persécution judiciaire s’organise. Notamment celle des avocats. Désormais, la justice « purgée » de ses éléments peu dévoués au régime exécute les décisions du pouvoir, qui rend l’exercice de la défense pénale de plus en plus périlleux.

Lorsque Me Deniz Sürgüt a été conduit au commissariat, le 6 août 2015 dans la ville de Gumushane, en Turquie, les policiers l’ont frappé avec leur crosse de revolver et le procureur a ordonné qu’on le torture. « Quand il a dit qu’il était avocat, ils l’ont frappé encore plus », rapporte sobrement l’observateur Stéphane de Navacelle, avocat parisien qui, ce 21 avril 2017, représente son barreau à l’audience où comparait Me Sürgüt. Il faut dire que ce jeune avocat, 25 ans d’âge et deux semaines de barreau lors de son arrestation, cumule aux yeux du régime turc les plus évidentes raisons d’être poursuivi. Me Sürgüt est kurde et militant des droits de l’homme au sein de l’association ÖHD, comme ses confères Mes Ayse Acinikli et Ramazan Demir, incarcérés courant 2016 pour des raisons similaires (v. Dalloz actualité, 22 avr. 2016  ; 9 sept. 2016 , art. J. Mucchielli). Ceux-là étaient accusés d’être complices des actes terroristes reprochés à leurs clients, militants kurdes du PKK pour certains, alors qu’ils n’avaient, concrètement, rien fait de plus qu’exercer leur métier d’avocat de la défense. Me Sürgüt n’a pas vraiment eu le temps d’exercer sa profession, mais les accusations dont il doit répondre sont édifiantes : tentative de meurtre sur des officiers de police, participation à une entreprise terroriste et, tout simplement, volonté de détruire l’État turc. Il encourt, en théorie, la réclusion criminelle à perpétuité.

Plus précisément, Deniz Sürgüt, missionné par ÖHD, menait une enquête sur des crimes qu’auraient commis des unités spéciales de la police, dans la province de Sirnak, selon les informations rapportées par des habitants. Il a été interpellé et placé en détention, lors d’une violente opération de police, au cours de laquelle trois autres personnes ont subi le même sort. L’audience de ce 21 avril, qui intervient après deux renvois, est l’occasion pour ces quatre prévenus de demander leur libération – pas vraiment de discuter les éléments de fond du dossier. Le procureur demande la libération de Me Sürgüt seulement, mais, ce jour-là, la cour décide du maintien en détention des quatre prévenus. Ce n’est qu’au mois de juin que l’avocat sera libéré, mais assigné à résidence.

http://www.dalloz-actualite.fr/flash/en-turquie-logique-judiciaire-depasse-toute-rationalite#.WbluZchJbIU

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